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Quel contexte pour développer la bio en France ?

jeudi 04 juin 2015, Stéphanie PAGEOT, Présidente de la FNAB

À l’issue du salon de l’agriculture 2015 dédié à « l’agriculture en mouvement, pour mieux manger, préserver l’environnement et innover », la présidente de la FNAB, Stéphanie PAGEOT, revient sur le contexte de développement de la bio dans notre pays.

La bio est-elle mise en évidence dans les discours et propositions du monde agricole ?

Stéphanie PAGEOT : « Nous devons constater que la bio est aujourd’hui installée dans le paysage institutionnel agricole et apparaît dans les politiques publiques. On ne la remet plus frontalement en cause mais le discours des organisations conventionnelles est bien de ne pas la distinguer des autres modes de production et/ou de la relativiser à l’aune du produire local, pour dire produire France. Cela sonne comme un  nouveau credo patriotique dans un monde pourtant très globalisé sur les échanges agro-alimentaires, à la demande même de certaines organisations. Nous avons été au salon de l’agriculture pour dire qu’il ne faut, certes, pas opposer les agricultures mais savoir aussi les différencier dès lors qu’elles ne rendent pas les mêmes services environnementaux notamment, et qu’elles sont plus ou moins ancrées dans les territoires, dans les bassins de production et de consommation. La bio locale est une réponse claire et innovante aux défis de l’agriculture, la bio des filières longues organisées par et pour les producteurs, également. »

 

Va-t-on assister à un nouveau cycle de conversions ?

Stéphanie PAGEOT : « Je l’espère, oui ! Mais le contexte est délicat aujourd’hui en raison du manque de lisibilité pour les producteurs des aides conversion et maintien en 2015 et les années suivantes. Le réseau FNAB souhaite le développement d’une agriculture biologique partout et pour tous, nous rappelons l’objectif du doublement des surfaces en bio d’ici 2017, soit 8% des surfaces agricoles, selon le programme Ambition bio. C'est un minimum quand on se rappelle que nous visions 20 % en 2020 lors du Grenelle de l'environnement. Cette politique de développement agricole nécessite les moyens suffisants pour répondre à la demande des agriculteurs souhaitant s’engager en agriculture biologique. L’assurance de soutiens à la conversion, accessibles pour tous ces agriculteurs, dans toutes les régions  en est une condition.  Dans certaines régions comme en Bourgogne, le nombre de producteurs prêts à débuter une conversion dépasse les prévisions. C’est le signe que les pratiques évoluent, qu’une dynamique est amorcée, qu’il serait regrettable de freiner. »

 

Mais pourra-t-on soutenir les conversions et assurer aussi des aides pour les agriculteurs bio existants ?

Stéphanie PAGEOT : « Il est essentiel en effet de reconnaître l’agriculture biologique pour son rôle sociétal, où les pratiques des producteurs bio sont autant d’outils au service d’une transition agro-écologique réussie (protection de l’environnement, création d’emplois, rentabilité). L’aide au maintien, accessible à tous les producteurs bio, en est la garante. Elle assure la prise en compte des coûts de gestion des infrastructures agro-écologiques et des spécificités agronomiques des systèmes de production bio. Pour les exploitations engagées en bio depuis plus de 10 ans, elle permet également de compenser une sous-valorisation des aides directes, due au recours aux références historiques. Dès lors, les autorités de gestion doivent assumer les arbitrages pour une répartition juste des aides versées aux producteurs bio, pour qu'elles restent accessibles partout et pour tous, sans zonage ni limitation de durée. Cela passe par trouver les moyens nécessaires pour assurer l’aide à la conversion et au maintien pour tous. Il faut dire en effet que sur les 160 millions d’euros fléchés ou réservés par le ministère, seuls 110 ont été mobilisés à ce jour par les Régions. Il faut aussi assurer, si besoin, un fléchage prioritaire des enveloppes résiduelles vers les mesures bio chaque année, et ce dès 2015 en fonction des demandes effectives des agriculteurs connues à fin mai. Il faut enfin garantir aux producteurs bio l’accès aux MAEC ouvertes sur les territoires, si ces mesures correspondent mieux à l’évolution de leur système de production au regard des enjeux agro-environnementaux du territoire. » 

 

La régionalisation met-elle en cause le développement de la bio ?

Stéphanie PAGEOT : « Non, nous voulons réussir avec les collectivités et l’Etat cette nouvelle étape de la décentralisation. La FNAB souhaite un développement territorial de l’agriculture biologique qui tient compte des spécificités (surfaces, filières, enjeux environnementaux…) et des potentiels régionaux. Dans ce cadre, penser le développement de la bio va bien au-delà trouver les moyens nécessaires à son accomplissement (aides aux producteurs, crédits d’animation…). Nous sommes engagés auprès de nombreuses collectivités pour des programmes d’actions territoriaux qui visent la protection des zones à enjeu eau, le développement de systèmes alimentaires territoriaux innovants, autant d’initiatives d’intérêt général portées par des producteurs bio au côté des élus. Nous menons une profonde réflexion sur les impacts de la réforme territoriale, une opportunité pour nous car nous n’avons pas de positions syndicales à défendre ni de clientèles à préserver, c’est une vision démocratique et non corporatiste qui anime le développement de la bio porté par notre mouvement. »

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